Fermeture de l’un des plus grands centres d’expérimentation animale

28.06.2019

 
La recherche en génétique emploie davantage de méthodes substitutives aux tests sur les animaux : lignées cellulaires in-vitro, « organes miniatures »… ©Maggie Bartlett /NHGRI
 

Un institut de génomique britannique mondialement reconnu a décidé de fermer son centre dédié à l’expérimentation animale, pour se concentrer sur des projets impliquant des méthodes alternatives. La Fondation 30 Millions d’Amis se réjouit de cette annonce, mais fustige sur le retard pris par la France dans ce domaine (aussi !).

Rideau ! Actif depuis une dizaine d’années, le laboratoire de l’institut Sanger (Hinxton, R.-U.) dédié à la recherche sur les animaux fournissait des souches de souris, de rats, de poissons-zèbres, de grenouilles… à des milliers de chercheurs en génétique dans le monde entier. Ce centre fermera ses portes d’ici 3 ans au plus tard, une information relayée par la version grand public de la revue scientifique Nature(29/05/2019).

« De nouvelles techniques de recherche en laboratoire ont récemment été développées, ce qui implique que nous n’avons tout simplement plus besoin du nombre d’animaux autrefois requis pour nos expériences », a confié au média britannique The Observer Jeremy Farrar, directeur du Wellcome Trust, l’organisme qui finance l’institut Sanger. La recherche en génétique emploie davantage de méthodes substitutives aux tests sur les animaux, telles que les lignées cellulaires in-vitro et les « organoïdes » ou « organes miniatures » – des structures biologiques 3D qui miment les organes humains.

Des animaux « éliminés » faute de pouvoir les « utiliser » !

Il existe des preuves que la recherche animale est largement dépassée par des méthodes beaucoup plus fiables !
Dr André Ménache, Antidote Europe

 

Selon Nature, cette décision intervient 6 mois après l’envoi d’une lettre incendiaire adressée au directeur d’exploitation de l’Institut Sanger, dans laquelle les scientifiques de l’établissement exprimaient leur « grave préoccupation » concernant le bien-être animal. Une pénurie de personnel aurait entraîné « l’élimination » d’animaux faute de pouvoir les utiliser, en totale infraction avec la législation britannique sur l’expérimentation animale.

L’institut Sanger est connu pour son rôle dans le décodage du tiers de la séquence de l’ADN humain, pour un projet de désactivation de chaque gène du génome de la souris, ainsi que pour sa bibliothèque de référence sur les génomes des souches de souris utilisées dans la recherche. Il s’oriente actuellement vers des projets alternatifs, tels que le séquençage des gènes de 66 000 espèces de plantes et d’animaux (Tree of Life) et la création de cartes de référence de toutes les cellules humaines (Human Cell Atlas Project).

La vivisection « dépassée par des méthodes plus fiables »

L’annonce a provoqué de vives réactions parmi les chercheurs, dont certains ont qualifié cette décision de « pas de géant en arrière ». « La fermeture du centre Sanger est une double bonne nouvelle, se réjouit au contraire André Ménache, vétérinaire et consultant scientifique pour l’association Antidote Europe, contacté par 30millionsdamis.fr. Cela représente un avertissement au monde scientifique que l’expérimentation animale est une déception, d’une part, et qu’il est temps d’utiliser des méthodes de recherche plus pertinentes pour la santé humaine, d’autre part ».

Le retard de la France en la matière s’expliquerait par un défaut d’information des citoyens. « La corrida, la fourrure, les cirques [avec animaux sauvages] sont désormais considérés comme des pratiques non acceptables à la lumière des connaissances actuelles sur la sentience animale [faculté de sentir, de penser, d’avoir une vie mentale subjective, NDLR]. Par contre, l’expérimentation animale reste [considérée comme] un « mal nécessaire ». Aujourd’hui, il existe des preuves que la recherche animale est largement dépassée par des méthodes beaucoup plus fiables ».

Mobiliser les élus

En décembre 2017, Florence Burgat (philosophe), Colette Goujon (neurologue), Raphaël Larrère (agronome et sociologue) et Jean-Pierre Marguénaud (Professeur en droit privé et en sciences criminelles) publiaient un appel dans le quotidien Libération pour « favoriser avec détermination le développement et l’emploi de méthodes substitutives », en réponse à une tribune publiée quelques jours auparavant par des scientifiques en faveur de la vivisection.

Selon le sondage de la Fondation 30 Millions d’Amis mené par l’Ifop (février 2019), 86 % des Français sont favorables à l’interdiction totale de toute expérimentation animale lorsqu’il est démontré que des méthodes substitutives existent. Or, près de 2 millions d’animaux ont été utilisés pour la science en France en 2016, selon le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. La Fondation 30 Millions d’Amis adresse aux instances européennes une pétition afin qu’elle incite les états membres à mettre fin aux tests sur les animaux, déjà signée par plus de 281 000 personnes.