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Témoignage de Albane Pillaire, directrice du zoo d’Amnéville

Témoignage de Albane Pillaire, directrice du zoo d’Amnéville

« La réhabilitation des primates de laboratoire en parcs zoologiques : un défi passionnant et bénéfique au bien-être animal.

Dans le cadre d’un partenariat avec l’Association GRAAL, le Zoo d’Amnéville a accepté d’accueillir 6 femelles et 2 mâles macaques crabiers d’environ 7 ans (2.6 Macaca fascicularis) et de les introduire au groupe préexistant.


Les 2 mâles, Robert et Frank, qui sont arrivés dans un premier temps, ont été presque immédiatement castrés puis rapidement mis en contact avec le groupe original constitué d’un mâle castré et de 4 femelles âgés de 20 à 25 ans, dans un enclos hors de la vue du public. Malgré la disparition du mâle historique quelques mois plus tard des suites d’une longue maladie, nous sommes parvenus à obtenir un groupe assez soudé, avec l’espoir que, le jour venu, lors de la réunion de ce premier groupe avec celui des femelles qui restaient à arriver, les petites femelles plus âgées pourraient bénéficier de la protection des 2 impressionnants males.


Plusieurs mois plus tard donc, le groupe de 6 femelles, qui par chance avait déjà pu être sociabilisé en amont, est arrivé à son tour et, après un passage en quarantaine, a pu être transféré dans l’enclos de présentation dont la rénovation avait débuté quelque mois plus tôt. L’aide financière proposée par le GRAAL nous a non seulement aidé à rénover entièrement notre installation historique mais aussi de considérablement élargir son volume. Elles en sont donc les premières occupantes, ce qui nous a permis de constater que ces demoiselles ne sont absolument pas téméraires.

Il leur a fallu plusieurs semaines pour accepter de sortir dans l’enclos extérieur (elles restaient cloitrées dans le bâtiment qui leur était certes devenu très familier) puis 2 d’entre elles ont commencé à sortir, sans s’éloigner de plus de quelques mètres des trappes leur permettant de revenir en sécurité. Les jours passant, les autres femelles ont fini par comprendre qu’elles resteraient en sécurité dans cette volière, puis ont commencé à explorer ce nouvel environnement. Elles sont enfin entièrement confiantes et profitent toutes de la totalité de la structure.


Il nous reste la délicate tâche de réunir les 2 groupes, moment qui a maintes fois dû être reporté en raison de contraintes techniques. Celle-ci doit débuter dans les prochains jours.

La réhabilitation de ces 8 compères, opération inédite pour nous concernant des animaux de laboratoires (nous sommes plus habitués à réhabiliter des animaux saisis car détenus illégalement par des particuliers), nous a permis de confirmer ou de comprendre plusieurs choses qui nous permettront peut-être d’aller plus vite, le cas échéant, lors de prochaines expériences :

  • Ces animaux, même s’ils n’ont pas eu beaucoup d’interactions avec des congénères auparavant, restent des animaux qui ont intrinsèquement besoin de contacts sociaux ;
  • Très curieux, ils manipulent et testent tous les objets à leur portée et il est impératif de mettre à leur disposition du matériel à la solidité éprouvée ;
  • Assez craintifs, il faut être extrêmement patient avec eux et leur laisser le rythme de découvrir leur nouvel environnement ;
  • Extrêmement gourmands, il faut veiller au moyen de les empêcher de dévorer toute la ration du groupe et de limiter la compétition pour l’accès à la nourriture (multiplication des points de nourrissages, complexité d’accès à la ration, etc.)

A la condition de ne pas vouloir aller trop vite, la réhabilitation des primates de laboratoire en parc zoologique est parfaitement possible et peut même être couplée à une mise en contact avec des animaux y vivant déjà. Dès lors qu’un groupe social aura pu être constitué, un vaste élargissement de la palette des comportements, en particulier des comportements sociaux, pourra être observé, au bénéfice du bien-être de l’ensemble des animaux du groupe. »