
(Interview) Le Gircor : comprendre la recherche animale et ses alternatives
À l’heure où la recherche animale est au cœur de débats de plus en plus vifs, le dialogue entre scientifiques et acteurs de la protection animale n’a jamais été aussi essentiel. Le Gircor y contribue en œuvrant pour une meilleure compréhension de ces enjeux et en mettant en lumière le travail de notre association, à qui il donne régulièrement la parole auprès des chercheurs.
Dans cette interview, le Gircor a accepté de répondre aux questions du GRAAL, une occasion de rappeler notre engagement. Qu’on parle de retraite, de réhabilitation, d’adoption, de placement ou de replacement, notre objectif reste le même : offrir, lorsque cela est possible, une nouvelle vie aux animaux de laboratoire.
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- Comment les 3R sont-ils concrètement mis en œuvre par les unités de recherche aujourd’hui ? La retraite des animaux de laboratoire est-il devenu le 4ème R ?
Dans les unités de recherche, les 3R sont intégrés dès le départ : avant de démarrer un projet, on doit justifier le recours à l’animal, choisir le modèle le plus pertinent et prévoir des mesures pour limiter l’impact sur l’animal.
Dans les faits, cela se traduit par :
• Remplacer les animaux dès que cela est possible : utilisation de modèles in vitro (cellules, organoïdes, organes sur puces…), in silico (modélisation, intelligence artificielle…), données humaines…
• Réduire le nombre d’animaux utilisés : optimisation du design expérimental, calcul au plus juste du nombre d’animaux nécessaire, partage de données, éviter les doublons.
• Raffiner les procédures et les conditions d’hébergement : méthodes moins invasives, analgésie/antalgie, enrichissement, entrainement aux manipulations, amélioration des conditions de vie.
La retraite des animaux de laboratoire n’est pas officiellement un 4e “R”, mais c’est une démarche de plus en plus reconnue lorsque c’est compatible avec l’état de santé de l’animal, la biosécurité et le cadre réglementaire. (Certains animaux ne peuvent pas être placés, par exemple pour des raisons sanitaires, réglementaires ou liées à leur statut.)
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- Comment le Gircor encourage-t-il le développement des méthodes substitutives ? Existe-t-il une feuille de route pour réduire progressivement le recours aux animaux dans la recherche ?
Le Gircor encourage surtout le développement des alternatives par l’information, la valorisation et la mise en réseau : rendre visible les progrès des 3R, expliquer ce qui est déjà remplacé/remplaçable et clarifier ce qui ne l’est pas encore. Il y a une dynamique nationale de réduction progressive de l’utilisation des animaux utilisés en recherche. Il est indispensable d’accélérer le remplacement dès que des alternatives sont validées et robustes. Et sinon, réduire et raffiner au maximum sans affaiblir la qualité scientifique ni la sécurité des patients.
Le Gircor ne finance pas de projet de recherche en lien avec les 3R mais joue un rôle clef pour que ces avancées soient comprises, acceptées et soutenues. L’Union européenne élabore actuellement une feuille de route visant à réduire progressivement l’utilisation d’animaux dans la recherche. Il serait souhaitable que la France mette en place une démarche similaire à son échelle.
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- Pensez-vous qu’une recherche sans animaux soit un jour possible, et quelle est la vision du Gircor à long terme sur cette question ?
L’avenir s’oriente clairement vers une recherche avec de moins en moins d’animaux, notamment grâce aux nouveaux outils actuels.
Toutefois, une recherche totalement « sans animaux » pour toutes les questions parait incertaine, car certaines problématiques nécessitent encore de comprendre les effets à l’échelle d’un organisme complet pour étudier toutes les interactions. Il faut aussi prendre en compte la recherche vétérinaire, où l’espèce étudiée est l’espèce cible. Comment faire pour s’assurer en fin de process qu’un nouveau traitement pour un animal de compagnie puisse être efficace si on ne le teste que via des simulations ? La vision long terme du Gircor : remplacer dès que possible, et lorsque l’animal reste nécessaire, réduire et raffiner au niveau le plus exigeant, avec transparence.
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- Le Gircor se positionne comme un acteur de la communication sur la recherche animale : comment travaillez-vous à renforcer la transparence vis-à-vis du grand public, notamment face aux critiques sur l’accès aux données ? Le Gircor est-il favorable à la mention des espèces animales impliquées sur les boîtes de médicaments ?
Via la Charte de transparence sur le recours aux animaux à des fins scientifiques et
réglementaires, le Gircor travaille à rendre la recherche plus accessible et compréhensible. Il encourage les établissements signataires à communiquer ouvertement sur le rôle clef joué par les animaux dans les découvertes qu’ils font et les traitements mis au point grâce à eux. C’est aussi une façon de leur rendre hommage. Toutefois, cette Charte de transparence vise avant tout à mieux faire comprendre la recherche, ses pratiques et ses enjeux. Elle ne porte pas sur l’accès à certaines données, souvent administratives, régulièrement réclamées par des activistes opposés à la recherche animale. Ces demandes visent souvent moins à comprendre le travail des chercheurs qu’à le contester, voire à le discréditer. Sorties de leur contexte, ces données peuvent en effet être utilisées de manière trompeuse ou polémique.

Quant à la mention des espèces animales impliquées sur les boites de médicaments, cela nous paraitrait pertinent pour que chacun comprenne que la recherche d’aujourd’hui ne peut pas encore se faire sans animaux, qu’aucun des médicaments sur le marché (à de très rares exceptions près) n’a pu être élaboré sans aucun recours à l’animal. Mais sur un emballage, le risque est de simplifier à l’excès. Une option plus pertinente serait un pictogramme accompagné d’un QR code renvoyant vers une page explicative : quelles approches ont été utilisées (dont alternatives), quelles espèces le cas échéant, et pour quels objectifs de sécurité.
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- Quels points de convergence et de divergence identifiez-vous entre la communauté scientifique et les associations de protection animale ? Comment imaginer un dialogue encore plus ambitieux ?
Il existe des convergences plus importantes qu’on ne l’imagine. D’abord, une convergence fondamentale : la volonté de limiter au maximum la souffrance animale. La communauté scientifique travaille dans un cadre réglementaire très strict. A cela s’ajoute une intégration de plus en plus concrète de la culture du soin comme élément central de la qualité scientifique. De leur côté, les associations poussent à élever davantage le niveau d’exigence. Sur ce point, l’objectif est partagé : si des animaux sont utilisés, cela doit se faire dans des conditions les plus encadrées et les moins contraignantes possibles pour eux.
Deuxième convergence forte : le développement des alternatives. Chercheurs et associations souhaitent voir progresser les méthodes de remplacement. La dynamique actuelle va clairement dans ce sens, et l’enjeu est d’accélérer la validation et l’acceptation réglementaire de ces méthodes.
Troisième point de rapprochement : le raffinement continu des pratiques. Amélioration des conditions d’hébergement, réduction des procédures invasives, meilleure prise en charge de la douleur : ce sont des sujets sur lesquels des progrès concrets peuvent être discutés et amplifiés ensemble.
Enfin, la question de la retraite des animaux de laboratoire constitue un terrain de coopération très concret, où scientifiques et associations travaillent déjà de façon complémentaire. Les divergences portent surtout sur le principe et la temporalité : certaines associations visent « zéro animal » à court terme, alors que les connaissances scientifiques actuelles ne permettent pas encore de s’en passer dans tous les domaines de recherche. Il faut aussi considérer la recherche au niveau mondial : arrêter l’utilisation des animaux en France ne fera que l’exporter dans des pays où elle peut être moins réglementée et transparente, au risque d’y perdre notre souveraineté scientifique et notre accès aux nouveaux traitements.
Mais même avec ces désaccords, il existe des espaces réels de dialogue si l’on avance sur des objectifs communs, mesurables et progressifs.
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- Pensez-vous que le statut de l’animal de laboratoire évolue aujourd’hui dans la communauté scientifique ? La réhabilitation des animaux de laboratoire progresse, mais reste marginale. Selon vous, cette pratique doit-elle rester volontaire ou devenir une pratique obligatoire avec des budgets associés ?
Au-delà des laboratoires, le regard sur l’animal évolue dans la société. Dans la communauté scientifique aussi, les attentes ont beaucoup progressé : la culture du soin et le bien-être animal prennent une place croissante, et ils sont aussi reconnus comme des facteurs de qualité scientifique.
Sur la réhabilitation des animaux en fin de procédure, il est essentiel de la développer, mais une obligation uniforme pose des problèmes pratiques. Une approche réaliste est d’encourager fortement, en donnant des moyens, des partenariats et des procédures claires, et de faire progresser la pratique là où elle est faisable.
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- Le GRAAL est un acteur majeur de la retraite des animaux de laboratoire : en France. Comment le Gircor perçoit-il cette démarche, et quels projets communs pourraient être développés à l’avenir ?
Le GRAAL apporte une réponse concrète à une attente sociale. Le Gircor, comme l’ensemble de la communauté scientifique, salue cette démarche, qui permet une mise à la retraite encadrée et professionnelle. Des projets communs possibles :
• guides et outils pratiques pour les établissements (process, documents, FAQ),
• retours d’expérience et mise en visibilité des placements réussis,
• formations/sensibilisation,
• coordination avec les acteurs de terrain pour lever les freins (sanitaires, logistiques, communication).
Ivan Balansard, président du Gircor, a publié “Expérimentation animale : en finir… ou pas ?”. L’intégralité des droits d’auteur sera reversée au GRAAL. Le livre propose une analyse factuelle, accessible et rigoureuse sur ce sujet sensible : une invitation à comprendre, à questionner et à se forger une opinion éclairée — que l’on soit citoyen, étudiant, professionnel de santé, chercheur ou engagé dans la cause animale.

En savoir plus sur « Expérimentation animale : en finir… ou pas ? » d’Ivan Balansard